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    Malheureusement pour elle, aucune force divine ne vint en aide à l'adolescente, qui fut entrainée dans un petit bar aussitôt sortie de la boutique. Jenna en connaissait un excellent non loin de là, et tenait absolument à le faire découvrir à la jeune fille. Bon gré mal gré, cette dernière n'eut pas d'autres choix que d'accepter et de la suivre, de peine d'être accusée de mettre de la mauvaise volonté dans l'objectif de se rapprocher de la petite amie de son meilleur ami. Mais tandis que Jenna continuait de piailler et de papoter avec les serveurs, Lizzie comptait les minutes dans sa tête, attendant la fin de l'après midi avec impatience. 

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    Jenna, quant à elle, s'amusait comme une petite folle et prenait un malin plaisir à faire durer le plaisir. Loin d'être une idiote aveugle, l'adolescente avait bien vu que sa comparse de shopping s'ennuyait comme un rat mort et était exaspérée par son attitude. Attitude parfaitement calculée, que Jenna avait travaillé avant de partir rejoindre Lizzie en centre-ville. Elle aussi avait rechigné quand Alaric lui avait demandé de passer l'après midi avec Lizzie, mais au contraire de cette dernière, Jenna avait la ferme attention de montrer à son petit ami qu'elles n'avaient aucun point en commun, et ne pourraient jamais être les meilleures amies du monde. Ainsi, peut-être que son petit ami lui imposerait moins la présence de sa meilleure amie. 

    Et si en bonus, elle pouvait avoir des réponses à ses interrogations, ce serait la cerise sur le gâteau !

     

     


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    En effet, un doute ne cessait de ronger l'esprit de Jenna, et cette dernière était bien décidée à le chasser à grands coups de pieds aux fesses ! Soupçonnant que son petit ami ait des sentiments pour sa meilleure amie et craignant que son couple vole en éclats, Jenna allait donc sonder ceux de ladite meilleure amie pour établir son taux de rivalité. Pour cela, elle n'a cessé d'étudier les réactions de Lizzie à son égard et ne tarda pas à lui poser des questions sur l'histoire de leur amitié. Alors pour seule véritable problématique en tête : son ami est-il devenu plus que cela à ses yeux ou est-il cantonné à la friendzone ? 

     -Vous vous connaissez depuis quand avec Ricky au fait ? Il m'a pas dit.

    -Depuis la primaire. Répondit Lizzie en haussant les épaules. On venait d'arriver à Belderas avec mes parents. C'est le premier ami que je me suis faite à l'école. C'est étonnant qu'il ne te l'ait pas dit. Mais pourquoi cette question ? Lui demanda-t-elle ensuite, suspicieuse.

    Pas bête, la guêpe ! Elle avait appris à se méfier de ses dires ! Constata alors Jenna, non sans jubiler. Si elle se méfiait de ses propos, elle allait se tenir à carreaux, craignant trop les représailles !

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     -Comme ça, pour savoir ! Lui assura-t-elle avec innocence, affichant presque une magnifique auréole -en carton- au-dessus de la tête. Vu que vous semblez tellement proches, je m'interroge !

    -Rick est comme un frère pour moi. Lui assura Lizzie, qui se souvint alors des crises de jalousies dont lui avait parlé Alaric. On a quasiment grandi ensemble. J'étais là quand ses parents ont divorcé et il est là pour me soutenir dans la maladie de mon père. On est inséparable.

    Traduction, j'étais là avant toi et je serai toujours là quand tu ne feras plus partie de sa vie ! Bouillonna intérieurement Jenna, qui ne crut pas une seconde à la première affirmation de son interlocutrice. Elle semblait trop marquer son territoire pour ne voir son ami pour ce qu'il est : un ami. Sceptique, Jenna l'était encore plus.  

    -Et il y a déjà eu quelque chose entre vous ? Genre petite blagounette, péchotage test pour faire comme les grands ? L'interrogea-t-elle directement, ne souhaitant pas tourner autour du pot. Ce genre de question aurait pour bénéfice de faire réagir rapidement et spontanément la jeune fille. Jeune fille qui ne tarda pas à hausser les sourcils de surprise, presque choquée par de telles suppositions. Elle marquait même d'être bouche bée par tant de culot.

    -Euh, non. T'as vraiment des idées bizarres toi. Répondit Lizzie sans cacher une mine dubitative. Son interlocutrice avait-elle toute sa tête ? 

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     Mouais... Jenna n'était pas spécialement convaincue par l'affirmation de Lizzie, ni par l'air qu'elle se donnait. L'adolescente paraissait sincère, sans comprendre les raisons de l'inquiétude de Jenna. Pour elle, tout semblait normal dans sa relation avec Alaric. Et n'importe quel oeil non avertit pourrait tomber dans le panneau. Et plutôt deux fois qu'une même ! 

    Mais pas Jenna. Sans qu'elle puisse de quoi il s'agisse avec précision, il y avait quelque chose qui n'était pas clair dans cette histoire. Quelque chose qui lui disait qu'elle avait de la concurrence dans le coeur d'Alaric.

    Et la concurrence, Jenna, ne l'aimait pas.

     


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    Fin de soirée. Le soleil se couchait par delà les falaises aux abords de la ville. Après plusieurs minutes de marche, Eleonore McGuire atteignait enfin le sommet, dissimulé par la végétation et qui offrait une vue imprenable sur le monde, tout en faisant bénéficier aux courageux visiteurs de vieilles ruines au plus grand bonheur de leur regard.

    La jeune ne fut même pas essoufflée, ni même inquiète de voir le jour s'échapper et la solitude qui allait de pair avec ces lieux. Peu de gens connaissaient cet endroit, et beaucoup abandonnaient avant même de parvenir au bout du chemin. Il n'était donc possible de croiser que de rares privilégiés mais généralement, ils venaient plutôt en journée, voire en plein milieu de la nuit pour quelques étreintes -loin d'être chastes- à l'abris des regards. Comme pour être coupé du monde. 

    Ce lieu, cet endroit magique, Eleonore le connaissait depuis quelques années maintenant. Et la première fois qu'elle s'y était rendue, elle s'en souvenait parfaitement. 

    C'était Carson qui lui avait fait découvrir. 

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    Aussitôt, un large sourire s'épanouit sur le visage de la jeune femme qui étira ses bras vers le ciel, le nez au vent, pour respirer un grand bol d'air frais. Ici, elle n'avait que de bons souvenirs. Ici, elle se sentait merveilleusement bien, au fur et à mesure que des songes nostalgiques s'emparaient de son esprit.

    Elle avait fait partie de ce gens qui se rendait dans cet endroit pour se cacher. Pour pouvoir être elle-même, s'épanouir, profiter de la tranquillité du lieu pour étendre ses ailes vers le monde, prête à s'envoler. Et tout cela avait commencer le premier soir où Carson l'avait amené... 

     


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    Mais très vite, l'émotion éprouvée face à ces lieux familiers fut remplacé par la nostalgie. Cette soirée-là, c'était la première d'une longue série, la plus importante, celle qui dessinait les débuts de quelque chose de merveilleux. Les débuts de l'amour avec un grand A, peu de temps après leur rencontre à cette soirée caritative et alors que Carson ne cessait de faire des pieds et des mains pour paraître gentleman et lui faire la cour. Le tout agrémenté de petites attentions. 

    Et il n'en fallait pas tant pour faire bondir son cœur de jeune fille de bonne famille. 

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    -On est où ici Carson ? Demandait la jeune fille, légèrement essoufflée et quelques craintives de se retrouver dans un lieu inconnu avec un jeune homme qu'elle connaissait peu. 

    -C'est un secret ! S'exclamait-il alors, plutôt fier de sa trouvaille. C'est un endroit magique que seul les chanceux connaissent, alors pas un mot à quiconque ! 

    Cette époque semblait si lointaine à Eleonore aujourd'hui... Elle avait tout d'une jeune fille sage, bien sous rapport, élevée par des parents ultra conservateurs qui chérissaient leur unique enfant et faisaient tout pour la protéger du monde de plus en plus vicieux dans lequel ils évoluaient. Leur fille, que Dieu avait mis tant de temps à leur donner, était leur trésor, la prunelle de leurs yeux, un petit diamant brut qui ne demandait qu'à se façonner pour briller de milles éclats. Ils aimaient leur fille, profondément, et ils étaient heureux de la voir grandir et devenir une jeune femme aimable et docile, qui suivait sans broncher les préceptes inculqués par ses parents, sans jamais les remettre en question. 

    Du moins, c'était avant sa rencontre avec Carson. Avant qu'il ne s'intéresse à elle. Avant qu'il lui fasse découvrir le monde et qu'elle méritait mieux qu'une existence toute tracée de riche héritière, bonne qu'à épouser un bon parti et à perpétuer le prestige familial.  

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    -Tu me fais confiance ? Lui demandait Carson en lui prenait délicatement les mains, une once d'inquiétude dans son regard. 

    -Oui... Je crois... Murmurait-elle, troublée par le contact de ses mains, scrutant du coin de l'oeil les alentours déserts, mais néanmoins magnifiques. Un lieu de quiétude à l'état pur. Même pour elle. 

    -Ne t'en fais pas, il ne t'arrivera rien. Et je te ferai pas de mal, Eleonore. Je voulais juste te faire découvrir ce lieu magique. 

    Elle n'y avait pas cru, au début. Il faut dire que la jeune fille n'avait pas pour habitude de se faire aborder par les garçons. Ses parents ne lui autorisaient quasiment aucune sortie et surveillaient ses fréquentations, même une fois la majorité atteinte. Leur niveau de vie leur permettaient même de l'inscrire dans de prestigieuses écoles pour assurer sa bonne éducation. Ils avaient tout fait pour que sa route ne croise jamais celles de mauvais garçons qui n'auraient aucun état d'âme -à supposer qu'ils en aient une- à la détourner du droit chemin tout en brisant en milles morceaux son petit cœur.

    Alors, quand elle avait pu aller à ce gala en compagnie de son père et que Carson était venu à sa rencontre, elle avait été déstabilisée. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qu'il pouvait bien lui vouloir. Elle n'était pourtant pas inculte, ni une inadaptée sociale. Elle avait vu suffisamment de Disney, de comédies romantiques et lu énormément de romans d'amour pour savoir comment les choses se déroulaient. Ce n'était pas parce qu'elle avait grandi dans une bulle dorée qu'elle était totalement stupide.

    Seulement, elle ne pensait pas que cela pouvait lui arriver à elle, par le total fruit du hasard. 

     


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    Les choses ont bien changé depuis ..Songea tristement Eleonore dont les larmes commençaient à couler doucement sur ses joues. Les souvenirs ne cessaient d'affluer dans sa mémoire et la nostalgie de cette époque devait de plus en plus douloureuse. 

    Cette époque, c'était les débuts. Les prémices d'une belle aventure. D'une belle histoire.

    Elle se souvenait de Carson qui tentait de lui faire maladroitement la conversation, avant qu'elle ne se déroule naturellement. Ils observaient le paysage, et ils discutaient de tout et de rien. Ils se racontaient leur vie, discutaient comme s'ils se connaissaient depuis toujours, avec une certaine réserve en plus. Lui, parce qu'il voulait se montrer sous son meilleur jour, comprenant que même si leurs pères étaient riches, eux n'étaient pas du même monde. Elle, à cause de son éducation qui entrait en totale contradiction avec ce qui était en train de se passer. Carson finit par dire qu'il mourrait d'ennui à cette soirée, et qu'il aurait préféré rester chez lui ou avec ses amis. Elle lui confia qu'elle aussi, préférait être ailleurs, dans le confort de sa chambre et un Jane Austen entre les mains. Il lui demanda honteusement qui était Jane Austen. Plutôt que de s'offusquer de son inculture, elle éclata de rire. Gentiment. Doucement. Naturellement. Et leur discussion repartit de plus belle.   

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    -Tu sais, je tiens beaucoup à toi. Lui avouait alors Carson, un peu intimidé, lui qui d'habitude était si à l'aise avec les filles. Mais sans ne sache vraiment pourquoi, il avait envie de confier ses sentiments à cette demoiselle venue d'un autre monde. Chose qu'il n'avait pas l'habitude de faire, par contre. 

    -Moi aussi, je tiens à toi. Lui répondait-elle avec un doux sourire, magnifiée par le clair de lune. 

    Et soudainement, naturellement, il la prenait dans ses bras, avec beaucoup de douceur. Ce qui ne manquait pas de surprendre la demoiselle. Elle sursautait, mettant ensuite quelques secondes avant de se détendre et se laisser aller dans ses bras. Une étreinte qui la faisait aussitôt se sentir bien. Merveilleusement bien. Le plus bel endroit du monde, sans aucun doute. 

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    Et soudainement, il s'éloignait tout doucement d'elle, avec un petit regard malicieux. Rapidement, sans qu'elle ne s'y attende, il enlevait son tee-shirt, ses chaussures, ses chaussettes et son pantalon, pour être seulement vêtu d'un maillot de bain. La jeune fille, surprise, détournait aussitôt les yeux, les joues en feu. Elle regardait de nouveau Carson seulement lorsqu'un "plouf" se faisait entendre et que quelques gouttes d'eau fraîche venaient lui chatouiller les chevilles. C'était seulement maintenant qu'elle remarquait ce point d'eau, et elle commençait à comprendre. 

    -Mais qu'est-ce que tu fais ? C'est pour ça que tu m'as demandé si j'ai un maillot de bain et de le mettre ? 

    -Tu comprends vite ! Éclatait-il de rire. Tu viens me rejoindre ? 

    Les jours suivant le gala, Eleonore revit plusieurs fois Carson, en tout bien tout honneur. Il profitait de sa pause déjeuner pour venir la voir à son travail, échappant ainsi aux regards des parents McGuire. La première fois que Carson eut l'audace de l'invité à venir avec lui au cinéma, un soir, Eleonore ne savait plus où se mettre, ni comment réagir. Alors qu'elle croyait qu'il venait la voir par simple gentillesse, voilà qu'il semblait se profiler autre chose, sans qu'elle parvienne à admettre quoi. Bêtement, elle lui avait demandé le pourquoi de cette invitation. Elle avait aussitôt regretté sa question, se sentant idiote et à côté de la plaque. Mais en réponse, il lui avait souri, et s'était approché de son oreille pour lui murmurer : "Considère ça comme un rendez-vous galant". Les joues d'Eleonore n'ont jamais été aussi rouges. Convaincre ses parents de la laisser sortir avait été la croix et la bannière, ces derniers voyant d'un très mauvais œil cette drôle d'idée. Ils l'avaient, évidemment, aussitôt interrogés, lui demandant avec qui elle irait voir un film.

    Et pour la première fois de sa vie, elle leur avait menti. En prétendant qu'elle irait avec une amie à elle, qu'ils connaissaient bien et qu'ils appréciaient beaucoup. Bien sûr, Eleonore avait tout prévu et avait contacté cette amie pour lui demander de bien vouloir lui servir d'alibi. Bien trop heureuse de la voir enfin sortir de sa coquille, cette dernière avait accepté sur le champ. Autant de fois qu'elle le voudrait !  

     

     


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