• Traque Nocturne

    Je ne bouge pas, ou du moins, j'évite de bouger. Je suis à l'affut, guettant le moindre bruit. Je ne vois pas grand chose, la nuit est tombée depuis longtemps, et seul un filet de lumière transperce les ténèbres. Je fais un pas sur le côté, mon regard se pose sur les moindres recoins de mon environnement, malgré le manque évident de luminosité. Je reste parfaitement calme malgré l'ambiance lourde, pesante, et le silence assourdissant, qui est source d'angoisse pour beaucoup. Je serre mon arme dans ma main gauche, prête à m'en servir si nécessaire... Si nécessaire... Je laisse échapper un petit rire discret rien qu'à cette pensée, tellement que ces deux mots sont inutiles. Quoiqu'il arrive, je m'en servirai. Elle représente mon unique moyen de défense. J'avais une autre arme auparavant, mais je l'ai maladroitement perdue. Je me dois donc de préserver la dernière, et de l'utiliser à bonne escient. Je serais vulnérable si je venais à être désarmée. Totalement à la merci de mon ennemi invisible dans le noir de l'obscurité de la nuit. Il pourra faire ce qu'il désire de moi, me sucer jusqu'à la moelle s'il le souhaite. Une torture pour moi, une longue torture que je souhaite à tout prix éviter. Et pour cela, je dois l'avoir avant qu'il ne m'attrape. Je dois trouver sa cachette et l'anéantir. Ainsi, je n'aurai plus à craindre une attaque imminente de sa part. Je serai en paix. Je n'aurais plus cette angoisse persistante qui me tenaille au fond de mon être, retournant dans tous les sens mes boyaux. Mais pour cela, il faut que je le mette hors d'état de nuire, je n'ai pas d'autre choix. Ce soir, je vais ôter une vie, pour ne pas subir une insoutenable torture à cause de mon ennemi. Ce sera lui, ou moi. Et personnellement, je préfèrerai que ce soit lui.

    Soudain, j'entends un bruit. Je fais volte face, levant le bras gauche, prête à frapper. Ma respiration s'accélère, la pression monte. Je me concentre. Mon regard tente de percer les ténèbres. Je m'approche légèrement. Mais le silence a repris sa place, dominant le monde sans aucun problème. " Sans doute un animal." , songeai-je intérieurement. Je laisse échapper un soupir d'un profond agacement. Je me suis laissée déconcentrée. Peut-être que mon ennemi naturel à commencer à avancer, à désirer de prendre le dessus sur ma personne. Je me retourne alors brusquement, m'attendant à tout moment à le voir se jeter sur moi, manifestant un profond appétit dans son regard sournois. M'attaquant par surprise pour me détruire, détruire mon existence, sans me laisser aucune possibilité de défense. Mon ennemi est vil, et sans aucune pitié. Il ne pense qu'à son propre intérêt, se fichant bien des conséquences de ses actes. Il agit, sans aucune once de réflexion, et attaque sa victime sans défense qui ne voit rarement le coup venir. Mais après, il est trop tard pour elle, pour réagir et essayer de s'en sortir. Une fois qu'il est parvenu à son but, il n'y a plus rien à faire pour tenter d'échapper au terrible destin que réserve ce cruel individu. Et je refuse d'être une victime, d'être la proie sur laquelle il va se jeter et se délecter. Je veux être le chasseur, et lui deviendra le chassé. Il n'en peut être autrement. Parce que je l'ai décidé. Et je pars toujours du principe qu'avec de la volonté, on peut avoir ce que l'on souhaite. Alors, je vais y arriver. Je peux le faire. Et je vais le faire. Je vais le trouver. Et je vais l'éliminer. Il ne fera plus aucun mal. Grâce à moi, d'autres personnes vont être épargnées de sa cruauté. Certes, ce ne sera qu'une petite victoire. Il en existe d'autres. Beaucoup d'autres. La guerre ne sera jamais gagnée. Mais au moins, j'aurai vaincu. Il aura perdu. Les plus petites victoires font les grandes.

    Et là, soudain, j'entends de nouveau un bruit. Je fais volte face, encore une fois. Le bruit est continu. Un mince sourire d'une immense satisfaction apparaît sur mes lèvres.

    Je l'ai trouvé.

    Je serre mon arme, et je m'approche doucement, laissant mon ouïe me guider dans mes pas, dans mon avancé vers la victoire. Ma vue étant habituée à l'obscurité, je parviens à l'apercevoir entre deux fins filets de lumière. Il se repose tranquillement, comme s'il était tout blanc comme un innocent. Alors qu'il est tout noir, ce cruel. Je m'avance tout doucement, à pas de loup. Mes gestes sont amples et légers. J'essaie de faire le moins de bruit possible, évitant de faire craquer le sol sous mes pieds. Il ne faut pas qu'il me remarque, qu'il s'aperçoit que je m'approche de lui, telle que qu'une terrible menace pour sa pitoyable existence. Il ne bouge pas. Je m'arrête, jugeant être suffisamment proche pour mettre à ses misérables jours inutiles. Je lève mon bras, tenant toujours fermement mon arme, prête à porter un coup fatal. Ici s'achève une histoire. Son histoire. Parce que je vais le tuer, et je serai en paix.

    D'un geste rapide, je le frappe sans qu'il n'est vu quoique ce soit venir. D'un brusque coup, j'ai mis fin à son sort insignifiant.

    Je recule vivement, et j'appuie sur un bouton. La lumière s'allume. Je contemple avec fierté la tâche noir sur le mur en face de moi.

    Je t'ai eu, saloperie de moustique !