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    Après le départ de sa fille et de son amie, Richard Scott finit d’un trait le reste de son whisky, avant de se servir un autre verre. Il s’amusa à imaginer l’indignation de la fierté de sa vie –Rosalie-, ainsi que les réprimandes de sa défunte épouse si elle le voyait ainsi. Maeva ne supportait pas quand il buvait, surtout qu’il se laissait emporter par le plaisir que lui procurait l’alcool, son moyen idéal de détente et d’oubli. « Tu sens mauvais, et tu fais peur aux enfants ! », qu’elle lui bougonnait à chaque fois qu’il rentrait de ses soirées d’affaires ou d’une journée de travail où il s’empressait de prendre un verre. Nostalgique, il se demanda subitement comment leur vie avait pu basculer ainsi ; une femme dépressive accordant entièrement son temps à ses enfants succombant aux antidépresseurs, un fils qui le déteste, une fille qui compte les points. La réponse s’imposait elle-même, il le savait, un seul événement avait pu faire autant de dégâts. Il finit rapidement son deuxième verre, s’en servit un troisième, et alla s’emparer de son téléphone fixe pour appeler le seul fils qui lui restait.

    Sans surprise, il tomba sur le répondeur.

    Tout en terminant son verre, il lui laissa un message. 

     

     


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    "Bonjour Carson, c'est Richard. J'ai vu ta patronne aujourd'hui, Katryn truc. Elle a dit que tu faisais du bon boulot.... 

    Chose que je suis bien incapable de croire. Tu es un incapable Carson. Ce n'est pas parce que tu fais le mariole dans une agence pour midinettes en mal d'amour que mon opinion te concernant changera. Tout ça n'est que provisoire, je te donne pas longtemps avant qu'une vie normale en société t'ennuie, te désintéresse. Tu sombreras de nouveau dans l'oisiveté avant même de pouvoir voir la lumière au bout du tunnel. Je te souhaite bien du courage, même si je sais que tu en es dépourvu." 

    Blasé, le jeune homme est blasé. Alors qu'il venait de rentrer de lui après avoir fait un tour chez le coiffeur, voulant changer de tête, Carson fut surpris de constater qu'il y avait un message sur son répondeur. Sceptique au début en reconnaissant la voix de son géniteur, son humeur dégringola au fur et à mesure que les mots acerbes s'échappaient de l'appareil. Ces mots s'imprimaient dans son esprit, retentissaient, tambourinaient sans cesse. 

    Tel un masochiste, il ré-écouta le message, qui se transforma en vifs coups de poignard acérés tandis que les paroles se répétaient. 

     

     


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    Les mots tournaient en boucle, à la fois dans la maison que dans son esprit. Ils tournaient, tournaient sans cesse jusqu'à perdre leur sens au milieu des ravages qu'ils causaient. Ils avaient été soigneusement choisi, sélectionné afin de le faire souffrir. Afin de montrer à quel point il était la honte de la famille. A quel point il faisait horreur à son père. A quel point il le jugeait comme un moins que rien, ce fils qu'il imaginait comme son digne héritier, perpétuant leur nom dans le monde impitoyable des affaires. 

    A quel point il était tombé si bas que jamais il ne pourrait remonter dans l'estime de son paternel. 

    Son coeur se serra douloureusement dans sa poitrine. Il avait soudainement du mal à respirer. Carson tenta de retrouver une respiration normale, et remarqua subitement que ses yeux étaient humides, et que quelques larmes avaient réussi à prendre la fuite pour couler sur ses joues. 

    Pitoyable. Il était quelqu'un de pitoyable. Pathétique. C'était bien ce que sous-entendait son géniteur derrière ces mots cruels. 

    Rageusement, il essuya les preuves de sa faiblesse, et s'empressa d'aller prendre une bière. Puis une deuxième. Puis une troisième... 

     


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    Titubant, il finit par retourner en direction de son téléphone fixe. Il le scruta d'un air mauvais, et remit en route le message vocal. La voix de Richard résonna dans la pièce, parvenant tant bien que mal aux oreilles du jeune homme. Les mots étaient toujours aussi brutaux, secs, atroces. Ils s'incrustaient toujours aussi efficacement dans son esprit, le torturant toujours plus encore de l'intérieur. L'alcool n'apaisait pas ses maux. Au contraire, il semblait les amplifier en facilitant la sélection des meilleurs passages par son esprit embué. 

    "Tu es un incapable Carson."

    "Ce n'est pas parce que tu fais le mariole dans une agence... que mon opinion te concernant changera."

    Il termina une nouvelle, énième, bouteille de bière. Il ne savait pas, plus, à combien il en était. Il s'en fichait. 

    "Tu sombreras de nouveau dans l'oisiveté avant même de pouvoir voir la lumière au bout du tunnel."

    "... du courage, même si je sais que tu en es dépourvu." 

    -Va te faire foutre !! Hurla-t-il subitement avant de jeter sa bouteille vide contre un mur, qui explosa sous l'impact. 

    La vérité le frappa subitement, cruellement, l'accablant d'une triste réalité qu'il avait tellement eu envie de nier. 

    Son père avait honte de lui. Il n'a jamais été fier de lui. 

    Carson serra les dents, serra les poings. 

    Et jamais il, son propre fils, ne parviendra à obtenir un jour la fierté de son père. 

     

     


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    -Tout va bien Carson ? Je viens de t'entendre cri... Oh tu t'es coupé les cheveux !! S'exclama subitement Andie en déboulant sans permission dans la maison de son petit ami. 

    Eh merde... Carson avait oublié que cette blonde insipide devait venir après son travail. Il lui jeta à peine un regard, constatant rapidement qu'elle était vêtue avec élégance, coiffée d'un chignon dont aucun cheveu ne dépassait. 

    Du Andie à l'état pur. Celle qu'il méprisait au fond de lui, et non celle qu'il parvenait à apprécier quand il avait l'esprit clair. Il se demanda subitement comment il faisait pour la supporter, cette gourde. Tout en elle l'agaçait, que ce soit sa voix si aiguë qui lui vrillait les tympans que son apparence beaucoup trop superficielle à son goût. Il rêverait de la jeter dans une mare de boue à l'apparence douteuse juste pour admirer le différence.

    -Dégage, j'suis pas d'humeur à supporter ta tête. Marmonna-t-il sèchement, n'ayant aucune envie de prendre des pincettes avec cette bourgeoise. 

    -Mais Carson... Tu as bu ? S'intrigua-t-elle rapidement, comprenant aisément qu'il n'était pas dans son état normal, et remarquant les bouteilles vides étalées sur le sol, ainsi que celle à moitié vide qu'il tenait dans une main. 

    -Je t'ai dis de dégager !! Beugla-t-il tout en jetant ladite bouteille contre le mur, non loin de la jeune femme qui poussa un cri de stupeur. 

     


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