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    A moins qu'elle ait pris peur et craigne sa réaction ?  Se mit-il à supposer subitement.

    En effet, ils avaient prévu de passer le reste de la soirée à l'hôtel, pour être tous les deux, ensemble, et certainement pas pour se contenter de simples câlins innocents et platoniques. Avait-elle changé d'avis ? Avait-elle paniqué à l'idée de sauter le pas et avait peur de le lui dire ? L'hypothèse lui semblait tirée par les cheveux, mais vu ses hésitations pour lui parler de sa virginité, cela ne l'étonnerait pas plus que cela qu'elle soit véridique. 

    Il soupira de lassitude. Il ne voyait aucune autre hypothèse et Curtis se sentit soudainement blasé. A croire qu'il n'était qu'un pervers sexuel à ses yeux, n'ayant d'autre désir que de coucher avec elle dans les plus brefs délais. Il avait pourtant tout fait pour lui montrer qu'elle pouvait avoir confiance en lui, que jamais il ne la jugerait et qu'il l'attendrait le temps nécessaire. 

    Si elle voulait attendre davantage, elle n'avait qu'à lui dire, il n'allait pas la manger ni devenir un sombre connard tel que le Chasseur ! 

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    Plus tard dans la soirée, une fois le concert terminé et conformément à ce qu'il avait convenu avec Lizzie, Curtis attendit que la salle ne se vide avant de se faufiler dans le couloir privé. Il n'avait pas l'intention de s'éterniser, mais il souhaitait néanmoins s'excuser pour l'absence de sa petite-amie ! Ne voulant pas raconter sa vie aux parents de Lizzie qui lui étaient inconnus, il prétextera qu'Ophélie ne se sentait pas bien, et rentrera chez lui ni vu ni connu. Bien sûr, il avouerait la vérité à son amie si elle désirait en savoir plus, il n'avait rien à lui cacher et lui faisait confiance. 

    Le jeune homme soupira, tandis qu'il patientait gentiment dans le couloir, face à la porte de la loge. Il trouvait le temps long, mais il n'osait pas frapper directement alors que Lizzie lui avait demandé de l'attendre avant d'y aller. Elle voulait présenter elle-même son nouvel ami, et il n'avait pas le coeur à lui gâcher son plaisir. 

    Au moins, sa présence ici aura fait une heureuse, il n'aura pas supporté ce fichu concert pour rien. 

     

     


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    Pestant comme un diable qui commence à perdre patience, Curtis sentit soudainement son téléphone portable vibrer frénétiquement dans la poche de son jean. Il ne perdit pas une seconde pour le sortir vivement, espérant que sa petite amie ait enfin décidé de grandir un peu, d'assumer ses choix, pour lui donner ainsi une explication quant à son absence à ce concert. Mais lorsqu'il scruta l'écran de son mobile, il tomba brusquement de haut en ne voyant qu'un numéro de téléphone affiché, et non le prénom de sa petite amie. Il soupira d'exaspération, avant de se demander qui pouvait bien essayer de le joindre derrière ce numéro qui lui était inconnu.

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    Il hésita un instant, ne sachant pas s'il devait répondre ou non. Il leva la tête et, constatant que Lizzie ne semblait pas vouloir pointer le bout de son nez, décrocha son téléphone pour le porter à son oreille. 

    -Ouais ? Marmonna-t-il, ne souhaitant pas particulièrement masquer sa mauvaise humeur. 

    -Curtis ? Curtis Midhow ? Demanda avec hésitation une voix faiblarde. Le jeune homme fronça les sourcils, ne semblant pas la reconnaître. 

    -C'est moi. Qui est-ce ? Répondit-il à cette voix féminine à laquelle il ne parvenait pas à attribuer un visage.

    -Katryn Meteyer, la sœur d'Ophélie. Se présenta-t-elle après avoir toussé. Curtis se rappela instantanément d'elle comme s'il s'agissait maintenant d'une évidence, et s'interrogea sur les raisons de son appel. Excuse moi de t'appeler aussi tardivement, mais j'ai eu un peu de mal à trouver ton numéro et... 

    -Vous savez ce qu'elle a Ophélie ? La coupa-t-il subitement, préoccupé uniquement par sa petite amie. J'ai essayé de la joindre toute la journée, mais sans succès ! 

    -Tu n'as pas entendu les informations ? Sembla alors surprise Katryn, comprenant pourquoi le jeune homme n'allait pas l'air particulièrement affecté par le décès de sa petite amie au téléphone. Il n'était tout simplement pas au courant !

    -Non, pourquoi ? C'est quoi le rapport ? Qu'est-ce qui se passe ? 

     

       

     


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    Un silence s'installa entre les deux interlocuteurs, Katryn étant subitement terriblement mal à l'aise. Elle avait harcelé son meilleur ami pour qu'il cherche le numéro du jeune homme dans le téléphone de sa sœur, retrouvé sur un pont, après qu'elle se soit souvenue de son existence. Elle voulait lui confirmer le décès d'Ophélie, et lui assurer qu'elle le tiendrait au courant de la suite des événements, et bien qu'Aiden lui a dit qu'il y avait plusieurs appels en absence de Curtis, elle ne s'attendait à devoir lui annoncer la mauvaise nouvelle. Sa gorge se noua, les larmes commençant à lui monter aux yeux, et elle se demanda alors si elle parviendrait à dire à voix haute la terrible tragédie. 

    -Katryn ? L'appela alors Curtis, soudainement nerveux. Une boule était en train de se former dans son ventre, et il était terriblement inquiet. Il sentit qu'une mauvaise nouvelle allait lui tomber dessus, sans qu'il ne parvienne à savoir de quelle nature elle serait. Il est arrivé quelque chose à Ophélie ? L'interrogea-t-il, la voix tremblante. 

    -Je... Je suis désolée Curtis... Bredouilla Katryn, les larmes commençant à couler de nouveau sur ses joues. Un policier est passé à la maison aujourd'hui, et ... Mon Dieu Curtis, je pensais que tu étais déjà au courant ! 

    -Katryn, qu'est-ce qui se passe ?!! 

    -Ophélie... Elle est... Son corps a été retrouvée ce matin dans le fleuve... Il semblerait que le Chasseur l'ait... Sanglota la jeune femme, en essayant de respirer un grand coup pour retrouver son calme. Elle ne devait pas pleurer, il fallait qu'elle lui annonce la terrible nouvelle. Il avait le droit de savoir. 

    Cependant, elle n'avait pas besoin d'en dire plus. 

    Il venait tout juste de comprendre.

    -Ce... ce n'est pas possible ! S'exclama-t-il vivement, cherchant à nier l'évidence. Ce n'est pas possible ! Elle m'a envoyé un SMS hier pour me dire qu'elle était bien rentrée ! C'est impossible, elle ne peut pas... 

    -La police a trouvé des SMS contradictoires dans son téléphone quand ils ont cherché ton numéro pour moi. Soupira-t-elle alors, soudainement épuisée par cette longue journée qui semblait interminable. Il semblerait que le Chasseur ait utilisé son téléphone à sa place pour te dire qu'elle était bien rentrée, et pour me dire à moi qu'elle passait la nuit chez toi.

    -Ce n'est pas possible... Ce n'est pas possible... Elle était bien vivante hier, elle ne peut pas...

    -Je suis sincèrement désolée Curtis... Je t'appelais pour te dire que je te tiendrai informer quand j'aurais des nouvelles... Quand je pourrai aussi récupérer son corps pour ses obsèques... Mon dieu, j'en reviens pas de devoir dire ça... 

    Seul le silence lui répondit, le jeune homme essayant d'assimiler l'information. Il n'arrivait pas à y croire... 

    -Je vais devoir te laisser Curtis, je te rappellerai bientôt. Soupira finalement Katryn. Sois courageux mon grand, elle voudrait que tu sois fort, pour elle. 

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    Devant le mutisme du jeune homme qui semblait en état de choc, Katryn n'eut pas d'autres choix que de raccrocher au bout de quelques minutes de silence. Il fallait le laisser assimiler la nouvelle, et le gérer à sa manière. Quant à elle, elle avait son propre travail de deuil et son propre désarroi à gérer... 

    Curtis, quant à lui, se mit fixer son téléphone comme s'il lui était totalement étranger. Il observa longuement le numéro de la sœur d'Ophélie, se demandant s'il avait rêvé ou si cette dernière l'avait vraiment appelé. 

    Ce n'était pas possible... Ophélie ne pouvait pas être partie... Pas elle aussi... 

    Parfaitement immobile, incapable d'effectuer le moindre geste, figé dans le temps, Curtis finit par lâcher son téléphone qui tomba lourdement sur le sol. Il ne parvenait pas à réaliser. Il ne parvenait pas à comprendre ce qui lui arrivait. 

    Il ne parvenait pas à accepter la dure réalité. 

    Ce n'était pas possible... Pas elle... Pas encore une fois... 

     

     


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    -Me voilà Curt' ! J'espère que j'ai pas été trop longue ! S'exclama brusquement Lizzie en surgissant du couloir. La jeune fille était joyeuse, et absolument pas stressée à l'idée de présenter son nouvel ami à ses parents. Il n'y avait aucune raison que cela la perturbe plus que de raison, même si son père voyait d'un mauvais œil qu'elle se mette à fréquenter des étudiants. Mais Lizzie était persuadée que dès qu'il verrait Curtis, il allait aussitôt changé d'avis ! 

    Cependant, le jeune homme ne réagit absolument pas lorsqu'elle l'a interpellé. Il semblait perdu dans ses pensées, le regard fixant obstinément un point invisible face à lui. Intriguée, l'adolescente s'approcha de son ami pour se planter devant lui, sans qu'il ne manifeste la moindre réaction à son égard. 

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    -Curt' ? Continua-t-elle de l'appeler, alors qu'il ne paraissait pas la voir, la remarquer. 

    Elle secoua la main devant le visage de son ami sans obtenir un quelconque résultat. La jeune fille se mordit la lèvre inférieure, ne sachant pas quoi faire, intriguée et inquiète devant l'attitude pour le moins inhabituelle de Curtis. Elle s'attendait à le trouver en train de discuter avec sa petite amie, à roucouler comme deux amoureux insouciants du monde qui les entourait où elle serait bonne à tenir la chandelle pendant les quelques secondes qui auraient précédé leur entrée dans la loge de son père. 

    Puis, elle fronça les sourcils, se rendant subitement compte que Curtis était tout seul. 

    -Elle est où Ophélie au fait ? Je pensais qu'elle était impatiente de rencontrer mon père. Demanda Lizzie innocemment, sans savoir qu'elle venait de toucher le point sensible. 

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    La réaction du jeune homme ne se fit pas attendre. Ses yeux s'arrondirent, se remplirent de larmes. En une fraction de secondes, Curtis était passé du mutisme au désarroi le plus complet. Oubliant son amie, il tomba à genoux sur le sol, comme frappé par une douleur atroce et insupportable. Ses jambes ne parvenaient plus à le soutenir, sa poitrine le faisait souffrir et son visage fut aussitôt défiguré par le chagrin.

    A la plus grande stupeur de l'adolescente, qui ne s'attendait absolument pas à assister à une telle scène. Qu'avait-elle dit pour qu'il réagisse ainsi ? Que c'était-il passé ?

    Elle s'agenouilla au sol et prit le jeune homme dans ses bras pour tenter de le calmer, mais celui-ci fut totalement insensible à sa présence. Il ne semblait pas se rendre compte qu'elle était à ses côtés, obnubilé par l'image oppressante, obsédante et imaginaire du cadavre de sa petite amie, reposant dans un pauvre tiroir froid et horrible d'une morgue de la ville. Il repensait aux dernières heures de vie d'Ophélie, réalisant que jamais plus il ne la verrait en vie. Il se rappela qu'il n'avait pas pu la raccompagner. Qu'elle était rentrée chez elle, toute seule.

    Mais quel con...

    Lizzie ne savait pas quoi faire. Elle leva la tête pour observer les alentours, espérant voir quelqu'un apparaître pour lui donner une solution, une manière de faire pour aider son ami. Dépassée par la situation, elle sortit son téléphone de sa poche et demanda à son frère de venir la rejoindre. Suite à ce message étrange, Neil ne tarda pas à ouvrir la porte de la loge, et comprit aussitôt pourquoi sa sœur l'avait appelé à l'aide, et aussi d'où venait les bruits étranges que lui et leur famille avaient entendu. Il l'interrogea, mais Lizzie ne parvint pas à lui apporter la moindre information et Curtis était renfermé sur lui-même. 

    -Aide-moi à le mettre debout, on va l'ajouter sur un canapé. Proposa alors Neil avec un calme olympien, même s'il était inquiet quant à l'état du jeune homme. 

     

     


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    Sans plus attendre et sans demander l'avis de Curtis, Neil s'empara de l'un de son bras pour le passer autour de ses épaules, et Lizzie fit de même avec le bras encore libre. Non sans difficulté, ils levèrent le jeune homme qui ne faisait rien pour leur facilité la tâche, et se dirigèrent péniblement vers la loge, où Brooke leur tenait la porte sans cacher sa surprise et son inquiétude. Elle les suivit du regard, tandis que l'étudiant en médecine posa Curtis sur le canapé libre sans que celui-ci ne proteste. Complètement inconscient du monde qui l'entourait, il se recroquevilla sur lui-même sitôt allongé, passa ses mains sur son visage pour chasser ses larmes avant de sombrer une nouvelle fois dans un état second. 

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    -Qui est-ce ? Qu'est-ce qui lui arrive ? Interrogea alors Tyler qui avait observé la scène sans oser intervenir. Au vue des regards lancés par Eileen et Brooke lorsqu'ils ont aperçu Curtis dans le couloir, il avait vite compris qu'il ferait mieux de rester sagement assis sur son canapé pour se ménager, surtout après près de deux heures de concert. Il jeta des regards à ses aînés, puis sur l'inconnu désespéré sur le canapé, avant d'en lancer un autre vers son épouse, assise à côté de lui tenant dans ses bras le petit dernier, Connor, profondément endormi. Cette dernière semblait tout aussi intriguée et inquiète. 

    -Il est en état de choc. Répondit alors Neil dans un soupir, à genoux à côté de Curtis pour l'observer plus attentivement. Pour quelles raisons, je l'ignore par contre. Et il avait déjà un comportement bizarre quand Lizzie est arrivée. 

    -C'est ton ami ma chérie ? Demanda alors Eileen en direction de sa fille. Curtis je crois ? 

    -Oui c'est ça. Curtis Midhow. Confirma la jeune fille nerveuse, car terriblement inquiète pour son ami qu'elle n'avait jamais vu dans un tel état. 

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    Curtis Midhow... 

    A l'entente de ce nom, Brooke Fadmer se figea subitement, soumise à des émotions contradictoires. Elle ne se doutait absolument pas à croiser l'enfant qu'elle avait abandonné à la naissance, et qu'elle n'avait revu qu'une seule fois lorsqu'il n'était qu'un bambin de quelques années à peine, dans cet endroit, encore moins dans de telle circonstances. Elle était aussi terriblement inquiète, car elle se demandait ce qu'il pouvait lui arriver pour se retrouver dans un état pareille, aussi désemparé et déconnecté de la réalité. Le pauvre garçon devait certainement vivre quelque chose de terrible et son coeur de mère se serra aussitôt à cette constatation. 

    Cependant, elle était aussi terriblement nerveuse. En l'observant bien, elle ne remarquait que des ressemblances physiques entre le jeune homme et Tyler, ainsi qu'avec elle. Et au vu de son état, elle ne pouvait que faire le rapprochement à celui de Tyler lorsque ce dernier avait appris le décès de sa sœur aîné des années plus tôt.

    Un état plus que lamentable, et Brooke craignait soudainement que son secret, qu'elle porte seule depuis la disparition de son époux -seule personne de son entourage à être au courant de l'existence de cet enfant-, soit révélé aux yeux de tous.

    Stressée, Brooke ne tarda pas à prendre congé en prétextant une excuse bidon, juste dans l'unique but de sortir le plus rapidement de la pièce avant que son trouble ne paraissent suspect. Mais une fois dehors, la mère de famille ne tarda pas à sortir son téléphone portable de sa poche, avec l’irrésistible envie de composer un numéro qu'elle n'avait pas appelé depuis des années... 

     

       

     


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