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    Le temps passa, mais rien ne changeait dans l'esprit de Katryn Meteyer. Elle passait des heures enfermées dans sa chambre, tantôt allongée sur son lit, tantôt recroquevillée dans un coin, attendant simplement que le temps fasse son oeuvre et apaise son désarroi. Elle s'alimentait très peu, ne prenait plus soin d'elle et était sans cesse dans une sorte d'état second. Elle imaginait une vie où elle était toujours enceinte, rêvait de son ventre rond et des gazouillis du nourrisson. Elle se voyait le bercer, le cajoler, le voir grandir, l'élever, le voir devenir sa plus grande fierté, sa plus grande réussite. Elle se noyait dans un nuage d'illusions qui lui transperçait plus le coeur que la consolait. 

     

     


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    Katryn avait du mal à accepter l'évidence. Elle ne voulait pas réaliser qu'elle ne verrait jamais le visage de l'enfant qu'elle portait, que son ventre allait rester tristement plat et qu'elle ne donnerait pas la vie. Cet enfant qu'elle avait pris tant de plaisir à imaginer, à attendre, à commencer à aimer, ne sera jamais auprès d'elle, dans le monde des vivants. Il n'était qu'un rêve, qu'un être imaginé nullement destiné à vivre. 

    Elle essayait de se raccrocher aux paroles de son mari, qui l'a emmené avec lui à son travail le lendemain, afin qu'il s'assure lui-même de l'évidente fausse-couche de son épouse. Les résultats n'ont été que les pleurs de la jeune femme, et Jared s'est senti soudainement impuissant, ne sachant comment la consoler. Il lui a affirmé que ce n'était pas la fin du monde, que ce n'était pas de sa faute, l'embryon n'étant sans doute pas viable, et qu'ils réessaieront.

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    Mais Katryn ne l'écoutait que d'une oreille. Elle ne voyait que sa défaite, prenant sa fausse-couche pour un échec. En tant que femme, elle est censée pouvoir donner la vie, et alors qu'elle désirait ardemment cet enfant, elle l'a tout bêtement perdu. Son corps qu'elle se mettait à détester avait rejeté cet être à devenir. Elle n'avait pas été capable de mener sa grossesse à bout, et cela résonnait sans cesse dans son esprit. Elle ne savait plus comment s'en débarrasser, et s'enfonçait davantage dans sa profonde déception, préférant soudain se haïr plutôt que de pleurer la perte de son enfant. Elle s'auto-persuadait qu'elle était la seule fautive, ignorant les protestations de son homme et de sa soeur, et regardait son propre corps avec dégoût, le camouflant dans des vêtements informes et sans intérêt, et refusant obstinément que son époux ne la touche.

    Elle était censée pouvoir devenir mère, aimer et protéger son enfant. Mais elle avait failli à la première tâche de donner simplement la vie.  

     

     


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    Elle s'auto flagellait de toutes les fautes, continuant à se détester, se perdant un peu plus dans son délire lorsque Jared entra brusquement dans leur chambre. Elle leva aussitôt la tête et capta alors son air désespéré. Katryn fut prise d'un sentiment de culpabilité, s'en voulant de créer tant de soucis à ses proches. Lui et sa soeur ne cessaient de faire attention à elle, de la forcer à se lever, à marcher un peu, à sortir, à reprendre peu à peu une vie normale afin qu'elle ne se laisse pas abattre. Sa soeur se montrait d'un soutien inflexible, et Jared lui apportait tout l'amour dont elle pouvait avoir besoin. Elle recevait également le soutien de ses amis, Aiden passant tous les jours, ainsi que Rosalie. Tous étaient terriblement inquiets pour elle, et elle ne faisait absolument rien pour les rassurer, pour calmer leurs craintes. Au contraire, elle ne faisait que de les alimenter, de donner raison à leurs inquiétudes. Son coeur se serra alors, elle se mordit la lèvre inférieure, et se retint de pleurer. Elle n'était, décidément, pas à la hauteur, pour tous ceux qu'elle aimait et qui faisait tant pour elle.

     

     


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    Honteuse, elle se leva pour se précipiter dans les bras de son époux. Elle voulait à tout prix sentir sa présence, son odeur, son étreinte si rassurante et réconfortante. Elle avait besoin de lui plus que de n'importe qui, et qu'il vienne la voir en pleine journée alors qu'il avait beaucoup de travail lui procura une joie immense, mais qu'elle ne parvenait pas à exprimer. Elle le serra fort contre elle, seul moyen qu'elle avait trouvé pour montrer à quel point elle était ravie de le voir.  

    -Tout finira par aller mieux Kat, je te le promets, ça ira mieux avec le temps. Soupira-t-il, peiné d'être aussi impuissant face à la détresse de son épouse. Il ne savait plus ni quoi dire ni quoi faire pour l'aider à remonter la pente. Ce n'est pas de ta faute ce qui est arrivé, et cela arrive à n'importe quelle femme. Et cela ne les empêche pas de devenir mère plus tard, rassure toi... 

    -Si tu le dis. Bredouilla en réponse la jeune femme, essayant tant bien que mal de prendre sur elle pour Jared. Il faisait preuve d'une énorme patience avec elle, et pour lui, elle se devait de faire des efforts. 

    -Par contre, je suis désolé, mais je ... Dit-il soudain, hésitant, ne sachant pas comment il allait annoncer une nouvelle qui ne plairait pas à son épouse, et il le savait parfaitement. 

     

     


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    Face à ces hésitations, Katryn s'éloigna aussitôt de lui, le scrutant avec suspicion. Elle vit son expression embarrassée, et fronça davantage les sourcils. Elle sentait qu'il n'avait pas une bonne nouvelle à lui annoncer, et un noeud se forma au creux de son estomac. Elle craignait ce qu'il allait lui dire, à elle qui avait tant besoin de lui durant cette période difficile. 

    -Qu'est-ce qu'il y a ? Interrogea-t-elle alors nerveusement. 

    -Je... Je vais devoir m'absenter quelques temps... Je sais que cela ne tombe pas au meilleur moment, loin de là... Mais j'ai une mission humanitaire en Haïti, et je dois y aller... Cela fait longtemps que c'est prévu et ... 

    -C'est une blague ?! S'écria Katryn, n'en croyant pas ses oreilles et son coeur se serrant dans sa poitrine. 

    -Je suis désolé... Mais tu n'es pas toute seule ! Ta soeur est là, ainsi que tes amis... Je suis sincèrement désolé mais je dois y aller... Ils ont besoin de moi... 

    -Mais moi aussi j'ai besoin de toi ! Riposta-t-elle brusquement, les larmes aux yeux, nerveuse, ne sachant plus comment contenir sa déception. 

    -Katryn, c'est différent, tu le sais... Ils... 

    -Mais je suis ta femme ! Rappela-t-elle en haussant le ton tout en jetant un regard noir à son époux. Il baissa le sien, scrutant le parquet avec nervosité et gêne, cherchant ses mots pour expliquer son départ. Malheureusement, il savait très bien qu'il était en tort, et aucun mot ne franchit la barrière de sa bouche, ne pouvant qu'affronter la déception de sa femme qu'il pouvait déceler dans ses yeux bleus. 

     

     


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